L'édito du mois
Du côté du réel
Le paradoxe de ce début de siècle, c'est la domination du réel par le virtuel. Le téléphone mobile nous fait parler en une seule journée à vingt, trente, cinquante personnes. Mais ce n'était que des sons ou des messages mal écrits, pas des rencontres réelles. Internet nous permet d'aller au devant du monde entier, sans le froid ou la chaleur, sans les odeurs, sans les saveurs. Un écran, c'est tout. Quant à la « PlayStation » et autres jeux, ce ne sont que des simulations pouvant permettre à des «ados» vautrés dans leur canapé de se prendre pour des champions sportifs ou guerriers alors qu'ils ne mettent pas un pied devant l'autre.
Lorsqu'on parvient à s'extirper de ce monde d'illusions, ce qui n'est pas facile à un certain âge tant la tentation du virtuel - qui permet tout - est forte, on doit surmonter la déception de la « redescente » sur terre. A bien regarder, le monde réel n'est pas si mal, surtout du côté de la Boucherie.
En effet, du côté du réel, on voit d'abord, au Salon de l'agriculture par exemple des jeunes modernes, sympathiques, qui sont tout sauf « en échec », qui ont choisi d'apprendre un vrai méfier pour gagner leur vie en étant utiles à la société.
Des jeunes, on en verra encore et des meilleurs, à Vannes (Morbihan) les 5 et 6 avril prochains, pour la finale du Concours annuel récompensant les meilleurs apprentis bouchers de France.
Du côté du réel, il y a un métier organisé (la Confédération de la boucherie qui regroupe les bouchers charcutiers traiteurs de France a 115 ans) avec ses événements rituels du printemps, l'assemblée générale des bouchers élus par leurs collègues pour les représenter (Montpellier, les 26 et 27 avril), les ventes de l'agneau de Pâques et celles du veau de Pentecôte, sans oublier les 24 heures chez mon artisan boucher les 5 et 6 juin.
On peut se poser la question : s'agit-il d'un métier hors du temps, imperméable aux crises financières, économiques et sociales ? Ou n'est ce pas simplement un métier ancré dans notre civilisation, enraciné au point que les tempêtes ne peuvent l'abattre ? Cela ne pourra se confirmer qu'avec l'effort de tous pour le protéger et le promouvoir. Le protéger et le promouvoir, c'est particulièrement soigner ses achats, persister dans le désossage qui est notre particularisme et notre force, proposer aux clients des magasins agréables (accueil, éclairage, présentation des produits, bel étiquetage) avec des femmes et des hommes en tenue impeccable. Le mot d'ordre, c'est « faire envie », évidemment dans la perspective du recrutement et des reprises d'entreprises.
Vous voyez, on est bien ici du côté du réel.
Le président
Alain Duplat
Les fluides frigorigènes, la machine à brochettes, et les bonnes pratique d'hygène.